La citrouille qui parle.

 

 

La Dame aux histoires m’a lancé un défi, écrire une nouvelle avec les mots « Elle abaisse le couteau 🔪 et cela devint encore plus lumineux ». Voici donc ma nouvelle écrite ce jour. Bonne lecture, Angie.

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Suzie a mis son plus beau déguisement : une grande robe avec un haut en dentelle, des bottines à talons et un chapeau pointu orné de tulle violet. La table de fête parée d’orange et de noir est dressée dans la véranda. Pour 13… Sa maman a envoyé toutes les invitations depuis quinze jours et pourtant l’heure passe et la sonnette ne retentit pas. Ses amis sont en retard, ou bien… Ils ne viendront pas. Les parents de Nathaniel ont loué un château…Sa grande fête avec fantôme et faux squelettes a dû attirer beaucoup de monde. Même Tabitha, sa meilleure amie a dû la préférer à son goûter d’  anniversaire, somme toute un peu classique et qui a la malchance de tomber le jour d’Halloween.

Suzie est triste. Comme s’il sentait son chagrin, Belzebuth son chat se frotte à ses jambes puis monte sur la table et se met à lécher un bonbon en forme d’œil sanguinolent. Il se couche ensuite sur une chaise, et commence à faire sa toilette pour décoller le sucre prisonnier des poils de sa moustache.

Pour passer le temps, elle décide de creuser une des citrouilles que sa mère a ramenées du marché. Cela devait être le clou de l’après midi. Chacun de ses amis devait décorer la sienne afin  de la rendre la plus effrayante possible, puis Evelyne, la voisine un peu bizarre qui habite la maison en bois noirci, aurait décerné les prix. Elle devait aussi leur apprendre à faire une poupée en paille, et apprendre à jeter des sorts. Des sorts pour rire évidemment…

Suzie se saisit de la plus grosse des citrouilles qui se met à luire dans ses mains. Elle la repose précipitamment sur la table tout en se demande avec effroi ce qui vient de se passer. Elle est certaine d’avoir vu de la lumière, mais évidemment ce n’est pas possible. Ce n’est qu’un légume. Elle essaie de se raisonner et décide de passer outre sa peur. Elle abaisse le couteau  et cela devint encore plus lumineux. Non ! Elle ne peut pas la couper. Apparemment, la citrouille est vivante. Aussi incroyable que cela paraisse, elle a l’air animée et ne semble pas vouloir se laisser trancher. La fillette demande alors d’une voix tremblante :

—Il y a quelqu’un ?

La citrouille s’agite un peu sur l’assiette et se met à clignoter quelques secondes puis une voix aigue s’élève dans la pièce.

—Ouf ! Tu m’as trouvée ! J’ai bien cru que j’allais finir en tourte ou en soupe… Cette fois-ci j’ai vraiment eu chaud.

Suzie n’en crois pas ses oreilles. La citrouille lui parle.

—Suzie ?

Et elle connaît son prénom.

—Suzie, tu me sembles une gentille petite fille, est-ce que tu voudrais bien m’aider ?

—Heu…

—Oh ce ne serait pas à sens unique, hein ? Tu m’aides et je t’aide ! Je ne suis pas une ingrate.

—Ce n’est pas ça, c’est juste que… Enfin je ne sais pas ce que je dois faire. Puis je suis petite et… Maman risque d’arriver. J’ai peur qu’elle me gronde si elle me voit parler avec une… citrouille.

La citrouille clignote à nouveau.

—Oh ! mais je ne suis pas une simple citrouille, je suis une sorcière. Mais gentille, hein ! Une sorcière qui rend les gens heureux. Mais mon ami Hannibal m’a joué un mauvais tour. Il m’a transformée en courge avant de s’endormir. Le souci c’est qu’un paysan m’a trouvé dans son champ et qu’il m’a vendu au supermarché. Hannibal doit me chercher partout… Enfin bref ! Il faut vraiment que tu m’aides.

Suzie hésite quelques secondes. Elle jette un regard dans l’allée qui mène à la maison. Sa mère n’est pas en vue. N’écoutant que son courage, elle accepte.

—Ok ! Mais j’espère que cela ne sera pas long.

—Non ! Il faut que tu ailles chercher un cahier qui est rangé dans le tiroir de la cuisine. Il y a écrit « recettes magiques » dessus. Reviens quand tu l’auras trouvé.

La petite fille obéit tout en se demandant ce que ferait ce genre de cahier dans les affaires de sa mère. Elle revient avec le carnet de moleskine rouge sang.

—Je l’ai trouvé ! Je fais quoi maintenant.

—Regarde dans la table des matières. Il nous faut une recette appelée « inversion cornedouille-citrouille-patemouille ».

La fillette consulte le cahier et découvre la fameuse recette.

—Bien ! Maintenant, lis la formule magique à voix haute.

—Heu… Vous êtes sûre ?

—Mais oui, Suzie, n’aie pas peur ? tu ne risques rien.

La fillette s’exécute :

—«  Cornedouille

Patemouille,

Foie de grenouille…Carabistouille et Antirouille

Pluie qui mouille à la foirfouille

Patemouille, cornedouille, crachouille et ecrabouille…

Heu…

Il ne se passe rien…

—Si ! je sens que ça vient ! Encore une fois s’il te plait et mets-y plus de cœur.

Suzie recommence :

—Cornedouille

Patemouille,

Foie de grenouille…Carabistouille et Antirouille

Pluie qui mouille à la foirfouille

Patemouille,

cornedouille,

crachouille et ecrabouille…

Puis déverrouille !

Et pouf ! La sorcière se matérialise dans la pièce. Elle tousse un peu. Crache deux ou trois pépins de courge et se lisse les cheveux. Elle lance un immense sourire à Suzie.

—Merci ma chérie ! tu es vraiment une super gamine ! Ta maman ne mentais pas quand elle me disait que j’avais une nièce géniale qui prendrait bientôt le relai …

—Hein ?

—Elle ne t’a jamais parlé de moi ?

Suzie secoue la tête.

—Hé bien je suis ta tante, ma chérie. Tatie Résina. Je sens qu’on va bien s’amuser ensemble.

Résina se tourne vers la table et constate d’un air dépité :

—Personne n’est venu à ta fête d’anniversaire, c’est ça ?

Suzie baisse la tête.

—Non… J’ai huit ans aujourd’hui. On devait être treize et ça devait être magique.

Résina sourit :

—La journée n’est pas finie, crois-en tatie Résina, ça va swinguer ici. Il va y avoir une fête géniale et magique. Vraiment magique !

Un brouhaha s’élève dans l’allée. Une cinquantaine de gamins déguisés déboulent de tous côtés les bras chargés de bonbons et de cadeaux.

Suzie n’en revient pas.

—Comment tu as fait ça ?

Résina lève les épaules avec modestie.

—Pfff, panne de courant chez Nathaniel, un classique. Joyeux anniversaire Suzie et Happy Halloween.

 

Fin.

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Le Rendez-Vous

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Le rendez-vous

Marie s’approche de la fille. Elle l’attrape par ses longs cheveux blonds, exerce une torsion sur la queue de cheval obligeant sa propriétaire à se retourner et à la regarder dans les yeux. Elle verra ainsi toute la haine qu’elle lui inspire et devra affronter la mort en face. Le sang pulse dans les doigts de Marie. Elle serre plus fort le couteau qu’elle tient dans sa main droite, lève son coude, appuie la lame sur le cou de sa future victime et…

La mélodie lancinante de l’alarme du smartphone finit par atteindre son cerveau, mettant fin à son cauchemar et sauvant par la même occasion la vie de la blonde. Marie passe une main sur son visage transpirant. Son cœur bat à se rompre. Elle est épuisée de ces rêves noirs qui hantent ses nuits. La journée n’a pas encore commencé qu’elle se retrouve déjà laminée. Elle repousse sa couette, se lève et refait rapidement le grand lit qu’elle à peine dérangé. Même le pire des cauchemars ne la fait pas s’agiter : son combat aussi terrible soit-il demeure intérieur.

Elle jette un œil distrait à l’écran de son téléphone avant de couper la sonnerie. Un laconique « Anniversaire Nous » lui rappelle les réjouissances à venir. Aujourd’hui, cela fait quinze ans que Bernard et elle sont mariés, pour le meilleur et pour le pire. Elle passe devant la paire de pantoufles de son mari. Même rangées sous la chaise, une fine pellicule de poussière commence à ternir l’éclat du cuir. Cette constatation lui rappelle son ménage en retard. Il faudrait vraiment qu’elle s’y mette. Peut-être demain.

Aujourd’hui elle a d’autres chats à fouetter !

*

*    *

– Ma poupette, réveille-toi !

La petite grogne un peu et se rendort. Comme son père, elle a le sommeil profond, le rêve tenace. La réalité ne fait qu’effleurer son âme insouciante de fillette de six ans. Tout glisse sur elle, surtout les contraintes. Marie insiste d’une caresse sur la joue.

– Allez ma princesse, il faut se lever !

La puce émerge enfin et prenant pied dans la réalité, déjà elle s’oppose :

– Mais, maman, c’est mercredi… Il n’y a pas école.

– Je sais chérie, mais j’ai un rendez-vous important aujourd’hui. Toi, tu vas passer la journée avec ton cousin Loïc, chez Papinou et Maminou.

– Pfff, je voulais regarder la Reine des Neiges… Loïc il va encore se moquer de moi et m’obliger à jouer au foot…

Marie lance un regard empli de tendresse à sa petite révoltée et tente de la rassurer.

– Papinou m’a promis qu’il vous aiderait à terminer de construire votre cabane. Ca va être chouette, tu verras. Et ce soir, tu pourras regarder ton dessin animé. Je ne reviendrai pas trop tard et si tu as envie, je ferai des crêpes pour le goûter.

La fillette capitule :

– Bon, si tu fais des crêpes, alors ça va ! Avec plein de chocolat et un peu de chantilly.

– Marché conclu ! En attendant, va t’habiller pendant que je prépare le petit-déjeuner.

Marie quitte la chambre tandis que sa fille sort de dessous sa couette Disney et descend du lit. La jeune femme fait un tour à la salle de bain où elle brosse rapidement ses cheveux avant de se laver les dents. Sans y prendre garde, elle repose sa brosse à droite du lavabo puis l’habitude aidant, elle se reprend : son côté, c’est le gauche. Cela a toujours été le gauche. L’autre est réservé au nécessaire de toilette, assez succinct de son mari : son peigne, son rasoir, son tube de dentifrice… Toutes ces choses qui…

« Stop ! »

Elle s’interdit d’y penser maintenant. Elle s’oblige à se sourire dans le miroir, avant de mettre son alliance, puis de l’enlever. Elle regarde son annulaire gauche, secoue la tête, et remet sa bague.

« Encore une chose à sa place », pense-t-elle avant de quitter la salle de bain.

*

*    *

Aussitôt le moteur arrêté, la fillette ouvre la porte et jaillit de la voiture dans l’allée de la maison de ses grands-parents. Son manque d’enthousiasme du réveil a disparu. Elle court gaiement, franchit le seuil avec vivacité et se jette dans les bras de son grand-père.

– Papinou ! Lève-toi vite ! On va construire la cabane.

– On attend que ton cousin arrive et on s’y met ! Va dire bonjour à Maminou, en attendant. Elle est dans la véranda.

Marie arrive quelques secondes plus tard et embrasse son père, puis va rejoindre sa mère occupée à soigner ses orchidées. Elle refuse le café offert. Elle est déjà suffisamment nerveuse. Sa mère lui signifie d’un hochement de tête qu’elle comprend son trouble. Elle tente un dialogue :

– Eh oui, c’est le grand jour…

– Oui. C’est…

Marie lance un regard à sa fille qui assise sur un tabouret, les écoute puis conclut sobrement :

– Le grand jour, comme tu dis.

– Bon, fais pour le mieux, alors. Et ne t’inquiète pas pour la petite, on va bien s’amuser ici.

– Je vous laisse, dans ce cas. J’ai rendez-vous chez le coiffeur et je voudrais faire quelques courses avant.

– Tu as bien raison, fais-toi plaisir ! Après tout, c’est un peu ta journée.

Le sourire que Marie esquisse en quittant les femmes de sa vie n’est pas aussi franc qu’elle le souhaiterait, pour autant, il suffira à donner le change.

*

*    *

Le salon va bientôt ouvrir. Marie regarde les photos affichées dans la vitrine. Elle qui n’a jamais porté que les cheveux longs aimerait tant oser ce carré court, ou bien encore mieux : cette coupe effilée qui lui donnerait un air garçonne à la Cristina Cordula… Mais elle est si sage, si classique ! Elle n’osera pas. Ce serait un changement tellement radical et un peu comme pour le nez de Cléopâtre, son monde risquerait de s’en trouver bouleversé. Alors, ainsi qu’à chacun de ses rendez-vous mensuels chez Manuel son coiffeur aux doigts de fée, elle se contentera de faire couper ses pointes et peut-être, le laissera-t-elle illuminer son brun de quelques légers reflets dorés. Mais discrets, les reflets, très discrets. Pas question de se faire remarquer.

Une fois vêtue du peignoir en satin noir et callée dans le fauteuil, elle feuillette un magazine de mode. Encore et toujours ces coupes courtes ! Décidément…

Manuel lui demande de la suivre au bac afin de procéder au shampoing. Comme à son habitude, il la taquine en lui demandant si c’est le grand jour, celui où elle aura suffisamment confiance en lui pour abandonner complètement sa tête à son talent de visagiste. Cela fait quelques années qu’il tente de la convaincre de tout couper et de changer de couleur. Il paraît que cela mettrait en valeur ses grands yeux verts. Elle a toujours résisté. Sa force d’inertie est assez incroyable et puis son mari adore ses cheveux longs. Elle n’a jamais pris le risque de lui déplaire.

Une fois revenue devant le grand miroir, les cheveux enveloppés dans la serviette éponge blanche, elle attend docilement que Manuel termine d’encaisser une cliente. Son téléphone vibre dans sa poche. C’est un S.M.S de son mari.

« Bernard@ : Surtout n’oublie pas notre rendez-vous et pour une fois, sois à l’heure ! »

Elle ne risque pas d’oublier ! Par contre, elle a une soudaine envie de le surprendre… Lorsque Manuel revient, elle se fend d’un sourire énigmatique et lui lance :

– Je crois bien que c’est aujourd’hui !

– Quoi donc ?

– Que je cède à vos avances. Faites de moi ce qu’il vous plaira.

Manuel la regarde éberlué. Il craint d’avoir mal compris. Il demande quelques précisions :

– Je peux vraiment tout faire ?

Marie acquiesce.

– Oui ! Vraiment tout ce qu’il vous plaira.

Cela sonne comme une promesse, une reddition amoureuse.

– Oh, je suis si content ! J’attends ce moment depuis tellement longtemps… Alors, ce sera très court et blond platine, c’est la grande mode ! Je suis sûr que vous allez adorer votre nouvelle tête !

Marie sourit :

– Oui, je pense. Pour ce qui est de mon mari, j’en suis moins sûre.

*

*    *

Afin de parfaire sa transformation, elle décide de s’offrir le blouson de ses rêves. Elle n’en peut plus de ce trois-quarts en cachemire qui la cache bien davantage qu’il ne met en valeur ses courbes. Ses chemisiers en soie, ses jupes à mi-genou et ses mocassins la font paraître bien plus vieille que son âge. C’est bien simple, à son allure, on lui donnerait cinquante ans et ce n’est pas sa démarche lente et un peu lourde, comme si elle trimbalait dans sa besace tous les malheurs du monde, qui pourrait détromper les passants.

Devant cette boutique dans laquelle elle n’a jamais osé pénétrer tant le style rebutait Bernard, elle admire  ce jean usé, ces bottes en cuir, ce petit tee-shirt vintage… Et LE blouson ! Il est là ! Un sublime perfecto de cuir rouge, avec des clous en métal. Il claque vraiment ! Le prix aussi : quatre-cent quatre-vingt-dix-neuf euros.

« Mais on n’a rien sans rien. Ce sera mon cadeau d’anniversaire de mariage », songe-t-elle en pénétrant dans le magasin.

Aujourd’hui son mari ne peut rien lui refuser…

Plantée devant le miroir sur pied de la cabine d’essayage, elle détaille la personne qui lui fait face : elle la décrirait comme une jeune femme audacieuse, probablement à cause des cheveux blond platine coupés très court et de la couleur rouge du blouson. En tout cas, son œil est malicieux comme celui d’une gamine qui s’apprêterait à jouer un mauvais tour à ses parents. Elle a retrouvé sa fraîcheur et espère-t-elle, une certaine spontanéité. L’image que lui renvoie le miroir est surprenante et elle adore ça !

Elle songe à sa fille qui n’est pas au courant de son changement de look. Elle va devoir la prévenir : il ne manquerait plus que sa puce ne la reconnaisse pas. Elle y est peut-être allée un peu fort en termes de métamorphose ! Mais bon, tant qu’à faire une chose, autant la faire jusqu’au bout, non ? Et puis au pire, les cheveux, ça repousse… Même si à cet instant, elle ne regrette absolument rien et n’a pas la moindre envie de faire machine arrière.

*

*    *

Le trajet qui la sépare de son lieu de rendez-vous est aussi surprenant que sa transformation. Et agréable. En la croisant, des hommes lui sourient. Cela fait bien dix ans que cela ne lui était plus arrivé. Il y en a même un qui propose de lui offrir un café et tente d’obtenir son numéro de téléphone. À croire que son perfecto a des pouvoirs magiques : il la fait voyager dans le temps, lui offre un billet retour vers une époque où elle était jeune et belle. Elle éclate de rire ! Quelle idée saugrenue !

N’empêche, ça ferait un joli livre pour enfant…

« Marie et le perfecto magique ».

Il faudra qu’elle pense à noter ça dans son nouveau carnet, celui qu’elle vient de s’offrir – oui ! Encore un cadeau— pour en faire un bullet journal. Elle pourrait bien dépoussiérer son vieux rêve de devenir écrivain et tenter décrire quelques lignes, voire même, pourquoi pas, une histoire complète.

C’est dans cet état d’esprit, celui où tout lui semble à nouveau possible que la jeune femme arrive devant la devanture du restaurant. Elle s’arrête quelques instants pour vérifier son apparence. La voilà rassurée : elle n’est pas redevenue la vieille-fille de province qui a quitté sa maison le matin-même. C’est une bonne chose ! Puis, chassant de sa main le reflet, elle regarde à l’intérieur du restaurant. Là par contre, rien n’a changé : les mêmes murs aux couleurs tristes, les mêmes nappes en tissu défraîchi  et probablement les mêmes fleurs artificielles qu’il y a quinze ans, lors de leur premier rendez-vous, à Bernard et elle. Le patron n’a pas dû changer depuis, ni même la carte. Dire qu’à l’époque elle avait trouvé l’endroit très romantique… C’est juste vieux et moche, en fait…

Mais Bernard aurait pu l’emmener dans une baraque à frites qu’elle aurait trouvé son invitation merveilleuse ! Elle était folle de lui et c’était réciproque. Il était si beau, si tendre, si doux… Puis amusant avec ça !

Durant le repas, ils ne s’étaient pas quitté des yeux, se dévorant littéralement du regard, comme si rien d’autre ne pouvait les rassasier. Pas même ce délicieux fondant au chocolat. Bernard avait même déclaré de façon tellement passionnée :

« – Tes baisers valent tous les fondants au chocolat du monde ! »

Il lui avait pris la main, l’avait caressée et délicatement posé ses lèvres sur sa peau. Elle avait frissonné. Un sourire avait embrasé son visage. Et Marie avait été conquise, certaine que cet homme-là l’aimerait toujours et jamais ne lui ferait le moindre mal. Elle pouvait mettre son avenir entre ses mains. Ensemble, ils seraient heureux.

Et quinze ans après, ils sont là. Elle, un peu en avance… Elle l’attend. Devant le restaurant de l’amour. Il s’appelle le Happy days, les jours heureux…

– Marie ?!

Son mari, incrédule, la hèle du trottoir d’en face :

Après tout ce temps, sa voix la bouleverse toujours autant. Elle traverse sans se hâter :

– C’est toi ? J’ai bien failli ne pas te reconnaître, s’exclame-t-il.

Elle lui tend la joue avec un sourire énigmatique. Il ne la serre pas dans ses bras, il ne l’embrasse pas. Il semble plutôt contrarié.

– J’avais rendez-vous chez le coiffeur…

– Et ça t’a pris comme ça ? De couper tes cheveux … Tu aurais pu au moins…

– Te demander ton avis ?

Marie éclate de rire. Bernard secoue la tête d’un air agacé :

– Quel caractère ! Tu ne changeras donc jamais. Pas comme ton look ! Sérieusement, c’est quoi ce déguisement ?

Marie hausse les épaules avant de répondre :

– Mon nouveau moi.

– Je te préférais avant.

– Moi aussi… Je te préférais avant.

Il encaisse la pique.

– Et tu as décidé de faire ça juste aujourd’hui ?

Marie hoche la tête.

– Oui ! J’ai trouvé que c’était une chouette façon de fêter notre anniversaire de mariage.

– Drôle de cadeau ! Et puis…

– Et puis, quoi ?

– Rien… En tout cas, je ne la trouve pas amusante ta surprise ! Je n’aime pas ton humour, Marie.

Cette petite dernière remarque la blesse. Avant, il aimait qu’elle le surprenne. Avant, il la trouvait amusante. Avant, il appréciait sa fantaisie. Il riait de ses blagues…

Mais ça, c’était… avant Manon. Son arrivée dans leur vie a tout changé.

– Bon, on y va ? On n’a pas vraiment le temps de polémiquer. Nous en reparlerons une autre fois.  Nous ne sommes pas en avance !

Ils marchent tous deux côte à côte, sans se tenir la main et traversent la place qui s’étire devant le palais de justice. Marie s’arrêterait bien quelques minutes au bord de la fontaine, pour regarder le soleil miroiter sur l’eau, cependant, Bernard presse le pas, sans un regard vers elle. Le restaurant de leur premier rendez-vous disparaît derrière les arbres qui bordent le Cours.

– Dépêche-toi un peu, lui enjoint-il, agacé.

Elle trottine sur ses talons pour garder le rythme.

Leurs avocats les attendent. Deux avocats spécialisés dans le divorce… Dans une heure, leur mariage ne sera plus qu’un souvenir. Elle se retrouvera seule et lui sera enfin libre d’épouser Manon.

 

 

 

FIN

Am stram gram…

 

« Ploum ploum, ce sera toi que je prendrai, 

au bout de trois.

Un, deux, trois ! »

 

am stram gram

Ca vous rappelle votre enfance ? Quand on n’arrivait pas à choisir et qui finalement cela avait si peu d’importance qu’on pouvait s’en remettre au hasard. C’était le bon temps, non ?

Où je veux en venir ?

Ce matin, Emmanuelle, notre Chef de formation, nous a demandé quel était notre projet d’écriture, le roman que nous portons en nous et auquel nous voulons consacrer l’année à venir. J’étais un peu embêtée car j’avais déjà deux projets importants et deux secondaires… J’ai donc parlé de celui qui me semblait le plus porteur, le plus prometteur… Et puis… J’ai vaqué à mes occupations, sans plus y penser.

Puis deux heures plus tard, une pub tv dont je sais deux ou trois mots au vol sans savoir de qui il s’agissait… Et une idée de roman me percute. Puis, ( je vous dit tout heinnnnnnnnn ??? ) je suis soudain prise d’une envie pressante. Trois minutes après ( voui , je suis une rapide…), je tiens une nouvelle idée de roman qui balaye toutes les autres.

J’en suis là. A envisager de ranger mes autres histoires en bas de la pile et à donner sa chance à ce nouveau projet en me disant que s’il s’est présenté aujourd’hui ( alors que je débute la formation et qu’on m’interroge sur mon projet justement) ce n’est peut être pas annodin.  Je sais aussi qu’il faut se méfier de cette phase « lune de miel » lorsqu’une nouvelle idée déboule, mais… C’est ptet le destin, nan ??? Un signe ou… Une grosse connerie  bêtise de plus. L’avenir le dira !

 

Si vous me cherchez, je suis coincée sous un livre…

 
En parallèle de la formation d’écrivain que j’ai intégrée, je me suis offert un livre consacré à l’écriture. Je viens de le recevoir, il a failli faire exploser ma boite-aux-lettres.
La bonne surprise c’est que même s’il est cher, j’en ai pour mes sous – du moins au prix par kilo -, la mauvaise surprise c’est que je pense qu’on ne se reverra qu’en 2025 !!!

Voilà la bête : 575 pages… Ecrit petit…

Pour vous le procurer et vous occuper ainsi pour les dix prochaines années, c’est par ici

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Heu c’est pas tout ça, mais il faudra tout de même que je trouve le temps d’écrire un peu…

Je retourne à l’école.

J’essaie de me remémorer le nombre de première année que j’ai effectué après le Bac et si je n’oublie rien, j’en compte 5 ( Vous pouvez vous amuser à deviner lesquelles 😉 ) … Plus la fois où je me suis inscrite pour suivre des cours par correspondance de … Coiffure.

L’an dernier, j’envisageais encore sérieusement une licence de psychologie… Mais j’ai zappé. Avec l’inconstance qui me caractérise ( dûe ou pas à ma maladie ?), la seule constante dans ma vie c’est la littérature. Alors après avoir pesé le pour et le contre, je me suis lancée et me suis inscite à une formation en ligne d’écriture. Après 5 romans publiés, il serait temps d’apprendre à écrire n’est-ce pas ? ( smiley qui fait un clin d’oeil).

Je vous parlerai donc de mon avancée dans les cours et je posterai probablement quelques exercices. Je vais essayer de faire davantage vivre ce blog et d’y publier régulièrement du contenu qui je l’espère vous intéressera.

Allez go ! J’entends la sonnerie, la récré est finie ! Au boulot.

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Proust et moi…

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler d’une de mes grandes défaites : Marcel Proust.
Je n’y arrive pas… Ca fait au moins quatre fois que je lis les premières pages du « Coté de chez Swan » et que je renonce…

 

a-la-recherche-du-temps-perdu-manuscrit-brouillon-madeleine-proust Là j’ai atteint 5% ( première fois que je vais aussi loin), mais coment dire, ça me demande un effort considérable et je n’y prend quasiment aucun plaisir. Je relis troisfois la même phrase pour essayer d’en comprendre le sens, je me perds en route, je m’épuise.
Et vous ? Proust ? Que du bonheur, ou bien … ?

Bi-polar inside

Coup de gueule : 

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Depuis quand « Bipolaire  » est devenu la dernière insulte à la mode ? Les gens cons, changeant ou inconstants ne sont pas forcément bipolaires ( ce qui est une maladie, – au passage on est « atteint de trouble bipolaire« , et on n’ « EST pas bipolaire« , comme pour toutes les maladies (« on souffre de » ou « on est atteint de » + nom de la pathologie, – merci d’ailleurs à ce sujet à l’auteur de  » La vie réserve des surprises » qui a très bien expliqué ça consernant la Trisomie 21 -. ), ça ne résume pas notre personnalité, ceci étant tout de même très réducteur -…) ni l’inverse.
Ca ne vous viendrait pas à l’idée de dire d’une personne qui vous énerve : « Surement une asthmatique » ou « Surement une cancéreuse  » ? Si ? ( heu si oui, vous pouvez sortir, la porte est ouverte, merci…)
Enfin voilà, on se bat tous pour certaines causes, pour que les choses évoluent, et ça peut commencer par ne pas laisser dire n’importe-quoi.

et pour info, le trouble bipolaire fait partie des 10 maladies les plus invalidantes. Les personnes qui en sont atteintes sont souvent reconnues comme étant handicapées. Par conséquent voici le texte concernant les insultes publiques à leur encontre et les peines encourues :

les injures publiques envers un particulier à raison de son origine ou de son
appartenance religieuse, raciale, ethnique, de son sexe ou de son handicap : délit
puni d’une peine maximum de 6 mois d’emprisonnement et 22 500 € d’amende
(article article 33 alinéa 2, 3 et 4 de la loi du 19 juillet 1881)

Ca fait cher la blague, le bon ou le mauvais mot,  non ?